Depuis le premier Janvier de cette année, personnes de plus de 65 ans ont fait une chute en Europe, avec parfois de graves conséquences
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Publié le 1 décembre 2011
Lorsqu'il n'y a pas eu de traumatisme physique, la chute est souvent considérée comme bénigne. Elle est pourtant à l'origine d'une blessure psychocorporelle qui n'est pas sans conséquence sur le devenir de la personne. Une prise en compte globale du chuteur apparait donc essentielle.
La chute comme un point de rupture
La chute est un événement rapide et brutal, ne laissant au chuteur aucune possibilité de maîtriser son corps.
L’impossibilité de se relever seul peut entraîner un sentiment important d’impuissance et de dépendance. On ne peut qu’imaginer l’angoisse de la personne qui se demande combien de temps elle va rester ainsi, dans une position plus qu’inconfortable, voire douloureuse, et parfois à moitié nue…Durant cette attente de secours, une angoisse de l'abandon, de la solitude, voire de la mort est certainement présente.
La chute va remettre en question la perception que la personne a d'elle-même et du monde qui l'entoure. Elle fait le constat de sa fragilité et de sa finitude.
L’effraction du domicile par les secours peut être vécue comme une atteinte à l’intimité de la personne, l’habitation pouvant représenter chez certaines personnes comme un « deuxième corps ».
Et si la perte d'autonomie nécessite une institutionnalisation, l'éloignement des proches et le changement d'environnement, feront encore basculer tout un ensemble de repères.
Une blessure narcissique et la peur de tomber
Le fait de percevoir son corps comme fragile renvoie vers un sentiment d'impuissance et d'insécurité. L’image corporelle est affectée et cette rupture entraîne dans la majorité des cas une perte de confiance en soi, un sentiment de dévalorisation, voire parfois un vécu dépressif ou anxieux. La chute peut également réactiver des blessures antérieures plus profondes (deuil ancien, séparation…).
Les chuteurs vont devoir faire un véritable travail sur eux-mêmes pour renoncer à leur corps idéal, garant de leur autonomie. La moitié d'entre eux conserveront une peur durable de la chute, une peur à l'origine d'une diminution progressive de l'activité, pouvant conduire à un isolement, voire à une désocialisation.
L'importance du soutien de l'entourage
Les conséquences psychologiques de la chute vont dépendre des ressources psychiques de la personne et l’entourage va constituer un soutien important (qu’il s’agisse de la famille, des amis, ou des soignants en cas d’hospitalisation).
Il s'agit de prendre le temps d'écouter, de laisser s'exprimer les émotions liées à la chute, afin que la personne s’approprie l’événement. Il faut aussi éviter la tentation de la surprotection, avec des phrases telles que « ne vous levez pas, vous allez tomber » qui peuvent s’apparenter à une contention psychologique « masquée ».
Bien évidemment, l’idéal est de mettre en place un accompagnement global, pluridisciplinaire, pour favoriser au maximum la reprise d’autonomie, tout en respectant le rythme de chacun, et en donnant un sens à la chute dans l’histoire du patient. La chute peut en effet refléter un stress, un appel, un refus d’accepter le vieillissement avec mise en danger, etc.
Dans l’accompagnement du sujet âgé chuteur, l’important sera donc de prendre le temps, de respecter le rythme et les angoisses du chuteur, d’écouter son récit de chute, l’expression des émotions reliées à cet événement, pour permettre l’appropriation du traumatisme.
Source: Olivia Despret, psychomotricienne à l'hôpital Broca
Conflit d’intérêts :
L’auteur n’a pas transmis de conflit d’intérêts concernant les données diffusées dans cette article ou publiées dans la référence citée