L’e-interview interactive de Jean-Claude GUIMBERTEAU

Jean-Claude GUIMBERTEAU
Jean-Claude GUIMBERTEAU

Pourquoi un chirurgien, donc un médecin libéral, dans un parti Vert ?
– Pour défendre la place de la santé et de l’environnement en France, thèmes qui sont peu présents dans d’autres partis politiques. J’y défends une médecine de qualité, soucieuse de l’environnement, ce qui n’est pas toujours simple, car les médecins libéraux ne sont pas vécus comme sensibles à ces thèmes, même au sein des Verts. J’ai voulu y faire entendre la voix de la médecine libérale, et ainsi mieux faire connaître nos difficultés quotidiennes de médecin de ville.

Vous comprenez donc la colère actuelle des médecins libéraux vis à vis de leurs conditions de vie et d’exercice.
– Bien sûr, je le vis moi-même tous les jours. Les médecins, plus particulièrement les généralistes, mais aussi les infirmières, ont des conditions de travail très difficiles, alors qu’ils sont en première ligne face à la maladie et les souffrances sociales. Les hausses d’honoraires demandés sont donc légitimes. Je tente de faire partager cette perception au sein des Verts, et je crois avoir été entendu.

Les problèmes de santé et d’environnement prennent-ils plus de place qu’avant, au sein des partis politiques ?
– Dans notre parti, certainement. Ce que nous exprimons, nous médecins, par nos revendications, est une crise d’identité, une crise financière. Mais au contact de nos patients, nous comprenons que nombre de problèmes de santé sont aussi des problèmes d’environnement. Il suffit de penser au sang contaminé, à la vache folle, mais aussi aux problèmes d’amiante, de pollution de l’air, de l’eau, d’excès d’utilisation de pesticides… Nombre de pathologies que nous soignons au quotidien ont leur origine dans l’environnement.

Que proposez-vous en matière d’organisation de la santé ?
– Nous constatons de profonds décalages selon les régions et nous voulons que chaque région puisse décliner la politique nationale de santé selon des caractères locaux. L’échelon régional est, pour nous, l’échelon le plus pertinent pour un nouveau système de santé. Nous souhaitons optimiser l’offre de soins à travers des outils comme des maisons de santé ou des réseaux de soins et développer les alternatives à l’hospitalisation. Mais nous ne basons pas tout sur la politique : au niveau individuel, la santé est un acte citoyen. Ce qui laisse la liberté individuelle d’être acteur de prévention ou de faire appel à des médecines non conventionnelles, mais reconnues au niveau européen.

Faut-il de nouvelles structures ?
– Nous souhaitons, avec Noël Mamère, la création d’Agences d’Environnement et Santé, mais aussi une Agence de la Santé au Travail, éventuellement une Agence de contrôle indépendante pour évaluer la qualité des soins. Personnellement, je pense que la Sécurité sociale doit redevenir une simple caisse de redistribution monétaire, car le système n’est plus démocratique. Ce qui s’y passe actuellement signe la fin de la gestion paritaire de la Sécu. Il faut un réel Ministère de la santé avec une partie Environnement.

Que pensez-vous du plan Juppé ?
– Il faut reconnaître à M. Juppé d’avoir eu le courage de remettre le dossier de la Santé et de son financement au Parlement, c’est à dire aux élus de la nation. Moi je crois, en outre, à une accentuation de l’intervention des Mutuelles dans le système de soins.

Comment vivez-vous les problèmes des cliniques, vous qui êtes chirurgien ?
– La vie au sein des cliniques a changé, c’est certain, les médecins autrefois actionnaires ne peuvent plus gérer comme avant. Des cliniques vont certainement disparaître. C’est difficile pour le personnel et les médecins, tout cela est source d’inégalités.

Qu’est ce qui vous a amené à la défense de l’environnement ?
– J’ai longtemps vécu en Afrique et j’y ai compris que l’écologie est le thème essentiel pour l’avenir et pour la défense des équilibres de la vie. Par ailleurs, à une époque, j’ai élevé des escargots d’Aquitaine, et lorsque j’ai voulu en vendre, on m’a demandé d’enlever le tortillon qui est au fond de la coquille, alors que dans notre région, on mange tout l’escargot ! Quand j’ai demandé aux services sanitaires la raison de cette ablation, on m’a répondu que c’était dans le tortillon que s’accumulaient les organophosphorés et les métaux lourds que rencontre l’escargot dans son parcours… Il fallait donc mieux enlever le tortillon plutôt que d’améliorer l’environnement de l’escargot. J’ai alors compris qu’on marchait sur la tête ! Et je me suis lancé dans la défense de l’environnement

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