Depuis le premier Janvier de cette année, personnes de plus de 65 ans ont fait une chute en Europe, avec parfois de graves conséquences
- Une chute peut elle avoir des conséquences psychologiques ?
On pense souvent aux conséquences physiques de la chute, car elles sont à traiter dans l’immédiat, mais on pense rarement aux conséquences psychologiques qui sont pourtant multiples.
En effet, indépendamment d’un traumatisme physique, la chute peut provoquer un véritable traumatisme psychique chez la personne âgée.
- Pourquoi parle-t-on de traumatisme psychologique dans le cas d’une chute ?
Un évènement, quel qu’il soit, peut être traumatique pour quelqu’un dans la mesure où à un moment donné, il déborde ses capacités de réponse. Les mécanismes de défense habituels sont débordés.
Le plus souvent c’est un évènement auquel la personne n’a pas pu se préparer, il n’y a pas eu d’anticipation.
La personne est surprise par la violence de l’évènement et sera en difficulté pour y répondre de manière adaptée.
Un traumatisme psychique peut affecter à plus long terme le psychisme de la personne accidentée.
La chute est un évènement violent qui est subi par la personne.
Le vécu traumatique de cet évènement s’explique par le fait que la personne s’est faite surprendre par la chute, elle n’a pas pu l’anticiper, ni atténuer l’intensité et la brutalité du choc, sur le plan physique et émotionnel.
Une chute n’est cependant pas pour tout le monde un évènement traumatique. Chaque réaction est singulière.
- Quelles sont les conséquences psychologiques de la chute ?
Les conséquences psychologiques de la chute ne sont donc pas à négliger. La chute peut être banalisée voire dissimulée alors que souvent elle fragilise la personne âgée.
A coté du tableau spécifique de syndrome post chute, les conséquences psychologiques d’une chute peuvent être plus insidieuses, mais d’une réelle gravité. Une douleur morale peut accompagner ou suivre la douleur physique
La chute est difficile à « digérer » parce qu’elle remet en question la perception que la personne a d’elle-même et de son monde environnant. Elle constitue un moment de rupture.
La chute correspond à « l’action de tomber au sol indépendamment de sa volonté » et met ainsi en péril les mécanismes de défense contre l’anxiété, ainsi que l’image de soi. L’individu est confronté à un moment d’insécurité où il perd le contrôle de lui même. La chute engendre ainsi beaucoup de peur et d’anxiété.
La chute est un évènement qui confronte la personne à la prise de conscience de son vieillissement, de sa fragilité et sa finitude. Se voir immobilisé au sol peut entrainer un sentiment de proximité avec la mort.
Par la perte brutale d’autonomie qu’elle entraine, la chute affecte également l’image corporelle. L’image du corps correspond à la représentation mentale que chacun se fait de son corps et de son fonctionnement. Au moment d’une chute, toutes ces représentations sont déstabilisées et remises en question.
Un sentiment de honte est également souvent ressenti. Le corps, en tombant, peut se trouver dans une posture suscitant la gène, ou dévoilant la personne dans un moment d’intimité.
Le choc émotionnel lié à cet évènement entraine une perte de confiance en soi, une dévalorisation, avec repli sur soi, démotivation, restriction des activités et retrait social. Il peut s’agir d’une véritable blessure narcissique.
Ce tableau clinique pourra évoluer vers un syndrome dépressif.
Ces différents facteurs contribuent à l’apparition du syndrome post chute.
- Qu’appelle-t-on le syndrome post chute ?
Comme son nom l’indique, le syndrome post-chute s’observe après une chute. Il rassemble des troubles de la marche, de l’équilibre et psychologiques qui s’observent par une diminution des activités et de l’autonomie physique. Tout se passe comme s’il se produisait un blocage de tous les automatismes de l’équilibre et de la marche.
Le risque principal du syndrome post chute est la perte d’autonomie.
- Le syndrome post-chute : quelles manifestations ?
Le syndrome post chute associe :
- Une composante motrice (troubles de la posture et de la marche)
- Des signes neurologiques
- Une composante psychologique.
Sur le plan psychologique, on retrouve une anxiété souvent majeure lors du passage à la position debout. Elle peut être responsable d’une inhibition psychomotrice intense. La personne âgée est emprise à une grande détresse émotionnelle et se retrouve incapable de tenir debout, ni de marcher.
Dans les formes sévères, on peut observer une véritable phobie de la verticalité.
Ce phénomène est amplifié par l’appréhension d’une nouvelle chute.
- Quelle évolution ?
On distingue deux étapes :
1-Les premiers instants après la chute, la personne est apeurée et angoissée, immobile. Elle adopte une position assise avec le buste projeté en arrière, ses genoux ne la soutiennent plus si l’on tente de l’aider à se mettre debout. La station debout est impossible.
Au niveau psychologique, on retrouve peur, anxiété, perte des initiatives, refus de mobilisation.
2-A plus long terme, lorsque s’observe l’installation d’une humeur dépressive on parle alors de syndrome de régression psychomotrice ou syndrome de désadaptation psychomotrice.
Le syndrome de régression psychomotrice associe des troubles de la posture statique et dynamique et des troubles psychocomportementaux :
Les troubles de la posture statique s’observent en position assise : la personne est comme « crispée », le buste en arrière et elle glisse continuellement de son fauteuil
Les troubles à la marche sont très importants : la personne est incapable de se pencher en avant (phobie du vide), elle ne peut pas se mettre debout sans aide puis adopte l’attitude projetée en arrière en appui sur ses talons obligeant l’aidant à faire contrepoids pour éviter la chute en arrière. La personne se rigidifie de tout son corps et peut avoir des tremblements, elle s’agrippe et est dans l’incapacité de tenir en équilibre voir de marcher ou à très petits pas. Au moment de se rasseoir, la personne se laisse tomber brutalement dans le fauteuil.
Au niveau psychologique et comportemental, on retrouve un confinement au domicile, la peur de sortir et de tomber. La personne est ralentie, elle ne prend plus d’initiatives. Elle peut avoir des troubles de la mémoire, utiliser un langage appauvri et enfantin, demander des couches, ne plus pouvoir manger seule, préférant rester au lit (clinophilie). On note parfois une aboulie (absence de volonté) parfois une indifférence se laissant se faire assister pour toutes les activités du quotidien.
- Quel pronostic ?
L’évolution est réversible si le syndrome post-chute est pris en charge précocement. En l’absence de prise en charge rapide, spécifique et multidisciplinaire, l’évolution se fera inexorablement vers l’état grabataire irréversible.
Les facteurs pronostics défavorables sont l’incapacité à se relever du sol, un temps de plus d’une heure au sol, ou des antécédents de chutes.
- Comment éviter l’installation d’un tel syndrome ?
Les aspects psychologiques jouent un rôle déterminant dans l’apparition du syndrome post chute.
Immédiatement après la chute.
Il faut raccourcir au maximum la station prolongée au sol. Le temps passé au sol est extrêmement délétère.
En l’absence d’impossibilité physique, il parait extrêmement important de proposer à la personne de se relever seule, avec l’aide des personnes présentes.
Accompagner ainsi la personne accidentée lui permet de ne pas subir la situation, de désamorcer l’angoisse contenue dans le sentiment d’impuissance et d’incapacité, et de maintenir au maximum son autonomie.
Au moment de l’hospitalisation
L’hospitalisation en urgence est un épisode stressant comportant beaucoup d’incertitudes qui est susceptible de déclencher une anxiété importante chez la personne âgée.
Il importe alors d’installer un dialogue et une présence qui permettront à la personne âgée d’être soutenue, rassurée et de garder une place en tant que sujet.
De même, en l’absence de contre indication, accompagner la personne le jour même vers la reprise de la marche, ainsi que des activités d’autonomie élémentaires.
La préparation du retour à domicile permettra à tous de trouver un compromis entre désir de la personne et sécurité, en mettant en place notamment des règles simples de prévention.
Le rôle de l’entourage.
Au domicile, la personne âgée qui a chuté évite parfois de sortir. C’est ainsi que la peur de tomber peut être responsable progressivement d'une réduction des activités, d'une perte d'autonomie et d'un isolement social. Parfois ce comportement peut être aggravé par l’entourage, qui croyant bien faire, réagit par un excès de surprotection, installant encore plus la personne âgée dans la dépendance et la restriction d’activité.
L’entourage a ainsi un rôle essentiel dans l’accompagnement de son proche vers la reprise d’autonomie. Sa présence bienveillante et non interventionniste permettra petit à petit à la personne âgée de retrouver ses repères et de reprendre confiance en elle.
- Peut-on agir préventivement ?
Limiter les risques de chutes chez soi, apprendre à se relever du sol et se donner les moyens d’alerter.
- Comment intervenir auprès d’une personne atteinte?
Le constat d’un syndrome post chute représente une urgence gériatrique. Le plus important est d’intervenir très rapidement et à plusieurs niveaux : médical, moteur et psychologique.
La personne âgée peut avoir après une chute le sentiment d’être dépossédée de son indépendance. La prise en charge psychologique lui permettra, par la verbalisation de cette expérience, de s’approprier cet événement, de lui donner un sens, de reprendre une position active.
En parler permet en effet à la personne qui a chuté de mettre à distance cette expérience et ainsi de ne pas être envahi par son impact émotionnel.
Derrière chaque chute il y a une personne et une histoire de vie. La personne n’est pas réductible à sa chute. Ce que chacun fera de cet événement est dépendant de son parcours et de sa personnalité.
Dans l’écoute, c’est au sujet tout entier que l’on va redonner un espace d’expression.
Pouvoir parler de l’accident, le reconstituer, l’inscrire dans une histoire, peuvent être d’une grande aide pour une personne dont l’estime de soi est souvent touchée après une chute.
De même, être encouragé à exprimer ses angoisses et son insécurité va permettre à la personne qui a chuté de préparer son retour à domicile et d’envisager plus sereinement l’avenir.
Ainsi toute personne qui est restée au sol sans pouvoir se relever devrait bénéficier, dans l’idéal, d’une psychothérapie de soutien.
Au minimum, proposer un espace d’écoute et d’expression