Depuis le premier Janvier de cette année, personnes de plus de 65 ans ont fait une chute en Europe, avec parfois de graves conséquences
Quelle que soit la situation, l'important est de ne pas paniquer et de garder son calme.
- Si c'est vous qui avez fait une chute :
Assurez vous tout d'abord des conséquences possibles : plaie, douleurs, impotence d'un membre. Ne vous remettez debout qu'en toute sécurité : ne risquez pas de retomber si la cause de la chute n'a pas disparu (sol glissant, malaise par hypotension)Donnez l'alerte : Appelez à l'aide, utilisez votre téléalarme...Si vous le pouvez, ramper vers le téléphone ou vers le palier afin d'être plus facilement entendu.
- Savez-vous vous relever du sol?
Il n'existe pas vraiment de ' solution miracle ' pour se relever du sol, chacun trouve une façon personnelle de se relever selon sa souplesse, sa force musculaire, ses éventuelles douleurs articulaires etc..
La méthode suivante est la plus courante :
- Allongé sur le dos, vous basculez sur un coté (en ramenant le bras opposé) pour vous retourner
- Une fois allongé sur le ventre, prenez appui sur un coté et pliez la jambe opposée en la ramenant vers le ventre- Soulevez-vous du sol, redressez la tête et le buste et prenez appui sur les deux coudes/avant-bras et sur le genou (de la jambe repliée)
- Mettez-vous à quatre pattes et rapprochez-vous d'une chaise. Il est très important de toujours aller chercher un point d'appui, en choisissant le plus stable
- Prenez appui sur la chaise pour vous redresser; pliez un genou après l'autre pour vous relever en douceur
- Asseyez vous sur la chaise
- Si vous êtes témoin d'une chute :
Evaluez la gravité de la situation : état de conscience, respiration de la personne, réponses à vos questions, douleur ou déformation d'un membre, saignement abondant...
' S'il vous semble que la personne ne présente aucun élément de gravité et qu'elle est prête à se relever, vous pouvez l'aider tranquillement à le faire tout en mettant à proximité une chaise qui lui permettra de prendre appui et de s'asseoir rapidement afin d'éviter une possible nouvelle chute
' Si l'état de la personne présente le moindre élément de préoccupation, appelez les secours. Rester à proximité de la personne, installez la le plus confortablement possible sans la manipuler inutilement
- Un avis médical s'impose :
Que vous soyez témoin ou victime d'une chute, n'en sous-estimez jamais la gravité. Malgré son allure bénigne, il est possible qu'elle soit le signe d'une maladie potentiellement grave.En cas de plaie peu profonde, une simple compression permet d'arrêter le saignement mais certaines coupures nécessitent des points de suture. N'hésiter pas à aller aux urgences les plus proches en cas de doute. Si les douleurs persistent, s'il apparaît des nausées ou des vomissements, n'hésitez pas non plus à consulter en urgence un médecin. De façon systématique, une consultation s'impose en cas de traumatisme crânien (même sans perte de connaissance) ou une immobilisation au sol de plus de 1 heure.
- Consultation médicale
Une personne victime de chutes nécessite une prise en charge spécialisée. Même bénigne, elle ne doit pas être banalisée; il est donc préférable qu'elle soit évaluée par un médecin. Cette évaluation permettra au médecin d'apprécier au plus près les facteurs de risque et les causes imputables afin de poser un diagnostic et de proposer un traitement adéquat. Il pourra si besoin prescrire une prise en charge adaptée tenant compte des habitudes de vie du patient pour améliorer son équilibre et réduire les risques de chute. La personne pourra si nécessaire suivre, selon l'avis du médecin ou du kiné un programme d'entraînement spécifique ou en groupe.
- Evaluation par un kinésithérapeute :
Le kinésithérapeute vous fera travailler, sur prescription médicale :
- la mobilité des articulations des membres supérieurs et inférieurs;
- il évaluera la force musculaire et la sensibilité des membres (bilan sensitivo-moteur)
- il travaillera l'équilibre et la coordination motrice.
-il analysera la façon de marcher : longueur et hauteur du pas, vitesse de déplacement, endurance, monté et descente des escaliers, marche extérieur et sur terrain accidenté...
- Soutien psychologique
Une chute, quelles que soient les conséquences est un traumatisme important. Il est normal que l'on puisse être ébranlé par un tel événement aux retentissements psychologiques nombreux. La chute renvoie souvent une image négative d'échec, et de perte d'autonomie. Elle peut être vécue comme ' le début de la fin ' : la première étape d'une déchéance allant de l'institutionnalisation jusqu'à la mort. Cette idée de mort peut être renforcée si la personne a passé un temps important allongé au sol, impuissant et inquiet. Si vous-même ou votre proche n'arrivez pas chasser ces idées, n'hésitez pas à consulter votre médecin ou une psychologue qui peuvent vous aider.
Le meilleur moyen d'échapper au traumatisme de la chute est d'en parler ou de faire parler la victime. Il faut exprimer ses peurs pour pouvoir les intégrer à son histoire de vie, à ses souvenir et pouvoir repartir sans resté paralysé par le choc psychologique de la chute.
Faire une chute est un facteur de risque de récidive des chutes. Dans les mois qui suivent une chute, il convient donc de prévenir toute nouvelle chute en se rappelant que les chutes sont causées par l'interaction de nombreux facteurs intriqués ensembles. Les interventions qui visent à réduire ces chutes doivent donc être adaptées à chaque cas rencontrés en utilisant différents moyens que nous vous présentons dans le chapitre précédent.
- Une chute peut elle avoir des conséquences psychologiques ?
On pense souvent aux conséquences physiques de la chute, car elles sont à traiter dans l’immédiat, mais on pense rarement aux conséquences psychologiques qui sont pourtant multiples.
En effet, indépendamment d’un traumatisme physique, la chute peut provoquer un véritable traumatisme psychique chez la personne âgée.
- Pourquoi parle-t-on de traumatisme psychologique dans le cas d’une chute ?
Un évènement, quel qu’il soit, peut être traumatique pour quelqu’un dans la mesure où à un moment donné, il déborde ses capacités de réponse. Les mécanismes de défense habituels sont débordés.
Le plus souvent c’est un évènement auquel la personne n’a pas pu se préparer, il n’y a pas eu d’anticipation.
La personne est surprise par la violence de l’évènement et sera en difficulté pour y répondre de manière adaptée.
Un traumatisme psychique peut affecter à plus long terme le psychisme de la personne accidentée.
La chute est un évènement violent qui est subi par la personne.
Le vécu traumatique de cet évènement s’explique par le fait que la personne s’est faite surprendre par la chute, elle n’a pas pu l’anticiper, ni atténuer l’intensité et la brutalité du choc, sur le plan physique et émotionnel.
Une chute n’est cependant pas pour tout le monde un évènement traumatique. Chaque réaction est singulière.
- Quelles sont les conséquences psychologiques de la chute ?
Les conséquences psychologiques de la chute ne sont donc pas à négliger. La chute peut être banalisée voire dissimulée alors que souvent elle fragilise la personne âgée.
A coté du tableau spécifique de syndrome post chute, les conséquences psychologiques d’une chute peuvent être plus insidieuses, mais d’une réelle gravité. Une douleur morale peut accompagner ou suivre la douleur physique
La chute est difficile à « digérer » parce qu’elle remet en question la perception que la personne a d’elle-même et de son monde environnant. Elle constitue un moment de rupture.
La chute correspond à « l’action de tomber au sol indépendamment de sa volonté » et met ainsi en péril les mécanismes de défense contre l’anxiété, ainsi que l’image de soi. L’individu est confronté à un moment d’insécurité où il perd le contrôle de lui même. La chute engendre ainsi beaucoup de peur et d’anxiété.
La chute est un évènement qui confronte la personne à la prise de conscience de son vieillissement, de sa fragilité et sa finitude. Se voir immobilisé au sol peut entrainer un sentiment de proximité avec la mort.
Par la perte brutale d’autonomie qu’elle entraine, la chute affecte également l’image corporelle. L’image du corps correspond à la représentation mentale que chacun se fait de son corps et de son fonctionnement. Au moment d’une chute, toutes ces représentations sont déstabilisées et remises en question.
Un sentiment de honte est également souvent ressenti. Le corps, en tombant, peut se trouver dans une posture suscitant la gène, ou dévoilant la personne dans un moment d’intimité.
Le choc émotionnel lié à cet évènement entraine une perte de confiance en soi, une dévalorisation, avec repli sur soi, démotivation, restriction des activités et retrait social. Il peut s’agir d’une véritable blessure narcissique.
Ce tableau clinique pourra évoluer vers un syndrome dépressif.
Ces différents facteurs contribuent à l’apparition du syndrome post chute.
- Qu’appelle-t-on le syndrome post chute ?
Comme son nom l’indique, le syndrome post-chute s’observe après une chute. Il rassemble des troubles de la marche, de l’équilibre et psychologiques qui s’observent par une diminution des activités et de l’autonomie physique. Tout se passe comme s’il se produisait un blocage de tous les automatismes de l’équilibre et de la marche.
Le risque principal du syndrome post chute est la perte d’autonomie.
- Le syndrome post-chute : quelles manifestations ?
Le syndrome post chute associe :
- Une composante motrice (troubles de la posture et de la marche)
- Des signes neurologiques
- Une composante psychologique.
Sur le plan psychologique, on retrouve une anxiété souvent majeure lors du passage à la position debout. Elle peut être responsable d’une inhibition psychomotrice intense. La personne âgée est emprise à une grande détresse émotionnelle et se retrouve incapable de tenir debout, ni de marcher.
Dans les formes sévères, on peut observer une véritable phobie de la verticalité.
Ce phénomène est amplifié par l’appréhension d’une nouvelle chute.
- Quelle évolution ?
On distingue deux étapes :
1-Les premiers instants après la chute, la personne est apeurée et angoissée, immobile. Elle adopte une position assise avec le buste projeté en arrière, ses genoux ne la soutiennent plus si l’on tente de l’aider à se mettre debout. La station debout est impossible.
Au niveau psychologique, on retrouve peur, anxiété, perte des initiatives, refus de mobilisation.
2-A plus long terme, lorsque s’observe l’installation d’une humeur dépressive on parle alors de syndrome de régression psychomotrice ou syndrome de désadaptation psychomotrice.
Le syndrome de régression psychomotrice associe des troubles de la posture statique et dynamique et des troubles psychocomportementaux :
Les troubles de la posture statique s’observent en position assise : la personne est comme « crispée », le buste en arrière et elle glisse continuellement de son fauteuil
Les troubles à la marche sont très importants : la personne est incapable de se pencher en avant (phobie du vide), elle ne peut pas se mettre debout sans aide puis adopte l’attitude projetée en arrière en appui sur ses talons obligeant l’aidant à faire contrepoids pour éviter la chute en arrière. La personne se rigidifie de tout son corps et peut avoir des tremblements, elle s’agrippe et est dans l’incapacité de tenir en équilibre voir de marcher ou à très petits pas. Au moment de se rasseoir, la personne se laisse tomber brutalement dans le fauteuil.
Au niveau psychologique et comportemental, on retrouve un confinement au domicile, la peur de sortir et de tomber. La personne est ralentie, elle ne prend plus d’initiatives. Elle peut avoir des troubles de la mémoire, utiliser un langage appauvri et enfantin, demander des couches, ne plus pouvoir manger seule, préférant rester au lit (clinophilie). On note parfois une aboulie (absence de volonté) parfois une indifférence se laissant se faire assister pour toutes les activités du quotidien.
- Quel pronostic ?
L’évolution est réversible si le syndrome post-chute est pris en charge précocement. En l’absence de prise en charge rapide, spécifique et multidisciplinaire, l’évolution se fera inexorablement vers l’état grabataire irréversible.
Les facteurs pronostics défavorables sont l’incapacité à se relever du sol, un temps de plus d’une heure au sol, ou des antécédents de chutes.
- Comment éviter l’installation d’un tel syndrome ?
Les aspects psychologiques jouent un rôle déterminant dans l’apparition du syndrome post chute.
Immédiatement après la chute.
Il faut raccourcir au maximum la station prolongée au sol. Le temps passé au sol est extrêmement délétère.
En l’absence d’impossibilité physique, il parait extrêmement important de proposer à la personne de se relever seule, avec l’aide des personnes présentes.
Accompagner ainsi la personne accidentée lui permet de ne pas subir la situation, de désamorcer l’angoisse contenue dans le sentiment d’impuissance et d’incapacité, et de maintenir au maximum son autonomie.
Au moment de l’hospitalisation
L’hospitalisation en urgence est un épisode stressant comportant beaucoup d’incertitudes qui est susceptible de déclencher une anxiété importante chez la personne âgée.
Il importe alors d’installer un dialogue et une présence qui permettront à la personne âgée d’être soutenue, rassurée et de garder une place en tant que sujet.
De même, en l’absence de contre indication, accompagner la personne le jour même vers la reprise de la marche, ainsi que des activités d’autonomie élémentaires.
La préparation du retour à domicile permettra à tous de trouver un compromis entre désir de la personne et sécurité, en mettant en place notamment des règles simples de prévention.
Le rôle de l’entourage.
Au domicile, la personne âgée qui a chuté évite parfois de sortir. C’est ainsi que la peur de tomber peut être responsable progressivement d'une réduction des activités, d'une perte d'autonomie et d'un isolement social. Parfois ce comportement peut être aggravé par l’entourage, qui croyant bien faire, réagit par un excès de surprotection, installant encore plus la personne âgée dans la dépendance et la restriction d’activité.
L’entourage a ainsi un rôle essentiel dans l’accompagnement de son proche vers la reprise d’autonomie. Sa présence bienveillante et non interventionniste permettra petit à petit à la personne âgée de retrouver ses repères et de reprendre confiance en elle.
- Peut-on agir préventivement ?
Limiter les risques de chutes chez soi, apprendre à se relever du sol et se donner les moyens d’alerter.
- Comment intervenir auprès d’une personne atteinte?
Le constat d’un syndrome post chute représente une urgence gériatrique. Le plus important est d’intervenir très rapidement et à plusieurs niveaux : médical, moteur et psychologique.
La personne âgée peut avoir après une chute le sentiment d’être dépossédée de son indépendance. La prise en charge psychologique lui permettra, par la verbalisation de cette expérience, de s’approprier cet événement, de lui donner un sens, de reprendre une position active.
En parler permet en effet à la personne qui a chuté de mettre à distance cette expérience et ainsi de ne pas être envahi par son impact émotionnel.
Derrière chaque chute il y a une personne et une histoire de vie. La personne n’est pas réductible à sa chute. Ce que chacun fera de cet événement est dépendant de son parcours et de sa personnalité.
Dans l’écoute, c’est au sujet tout entier que l’on va redonner un espace d’expression.
Pouvoir parler de l’accident, le reconstituer, l’inscrire dans une histoire, peuvent être d’une grande aide pour une personne dont l’estime de soi est souvent touchée après une chute.
De même, être encouragé à exprimer ses angoisses et son insécurité va permettre à la personne qui a chuté de préparer son retour à domicile et d’envisager plus sereinement l’avenir.
Ainsi toute personne qui est restée au sol sans pouvoir se relever devrait bénéficier, dans l’idéal, d’une psychothérapie de soutien.
Au minimum, proposer un espace d’écoute et d’expression